* A LIRE: nouvelles écrites par Lulu
Publié le 19/09/2009 à 18:40 par goulouche56
Lucien Chapon venait d’avoir 18 ans .
Son père Paul et sa mère Sylvie lui rappelèrent une nouvelle fois qu’il était officiellement majeur et qu’il était temps qu’il se prenne un peu en charge…
Lucien était excédé par toutes ces remarques et il décida de frapper un grand coup afin d’épater ses parents, la tante Josette et même le grand-père Emile qui entrait dans sa 71 ème année.
« Pas un homme, bougonnait-il dans ses dents, pas un homme !
Ils vont voir ce que peut faire un homme de 18 ans !!!
Ce sera la première fois mais je jure que je le ferai ! »
Il enfila son beau costume gris à rayures , vissa le chapeau feutre de son cousin Joël sur sa tête et se dirigea à grands pas vers le centre ville.
Le soir tombait sur les ruelles étroites, le son de ses souliers résonnait sur les pavés humides.
Il s’arma de courage et poussa la lourde porte de chêne du 36 rue de la Source….
un grincement inquiétant….
Une lumière aveuglante…….
« Je voudrais 4 pains au chocolat Madame la boulangère, murmura-t-il en tendant son billet….
Puis, baissant les yeux, il ajouta :
« C’est maman qui va être surprise ! »
Publié le 05/02/2009 à 12:00 par goulouche56
CE N’EST QU’UN AU REVOIR
Une fois de plus, le couple s’était déchiré.
Marie était mariée depuis vingt ans avec Alain et elle était lasse des scènes de ménage à répétition qui se déclenchaient sans prévenir pour des motifs futiles.
Elle se souvenait avec nostalgie du prince charmant qui l’avait séduite par sa douceur, sa galanterie, son romantisme et son physique avenant.
Elle se plaisait à revivre ces premiers moments de bonheur qui avaient effacé d’un coup une enfance sans tendresse.
Décidément, les années avaient trop changé son mari.
S’il donnait le change et portait bien ses cinquante ans, elle seule savait à quel point il était devenu fade et pénible.
Une fois n’est pas coutume, elle s’observa et l’image que lui renvoyait son miroir et sa conscience était finalement plus flatteuse que celle qu’elle avait eu d’elle-même jusqu’à présent.
C’était celle d’une femme plutôt bien conservée et avenante, contrairement aux critiques acerbes que lui lançait sans pitié son mari.
Après tout, elle avait cinq ans de moins que lui, brune et gracieuse, elle restait fraîche et désirable.
Plus d’une fois, elle avait observé le regard envieux des hommes qu’elle croisait dans la rue ou dans sa vie.
Sa poitrine chaleureuse et son caractère familier y étaient sans doute pour quelque chose.
Une nouvelle fois, elle se sourit dans la glace et se trouva jolie.
Pour la première fois depuis son mariage, elle se plut à rêver de tendresse et d’amour sans se sentir obligée de lier ce désir à l’homme qui partageait sa vie.
Après les grossièretés qu’Alain venait de lui lancer à la figure, après ses reproches habituels sur la fréquence de leurs rapports, elle se sentait en droit de le détester.
N’était-ce pas de sa responsabilité si elle n’éprouvait plus la moindre attirance physique pour ce qui n’était désormais qu’un compagnon de route ?
Comme à l’accoutumée, après de telles disputes, elle allait se défouler dans la zone commerciale de la ville toute proche.
Comme toujours, elle ferait suffisamment d’achats pour le défier et affirmer sa personnalité.
Comme jamais, elle se maquilla longuement et décida que , si elle ne voulait pas forcer son destin sentimental, elle laisserait toutefois le destin venir à elle, sans le repousser.
Dans les magasins où elle passa les deux premières heures de l’après-midi, elle fut surprise de constater qu’elle faisait encore de l’effet à la gente masculine.
Un regard soutenu, un sourire entendu, un compliment à peine masqué lui firent remarquer ce qu’elle ne voyait plus depuis des années. De plus, les hommes semblaient sentir son nouvel état d’esprit .
Attentifs au moindre signe d’ouverture, ils déploient tous leurs arguments et sont prêts à dépenser toute leur énergie pour gagner le cœur d’une femme « et plus si affinité ».
L’heure avançant, elle décida néanmoins de rentrer et se dirigea vers sa voiture garée sur le parking du supermarché.
Le destin était réellement le plus fort car elle aperçut en même temps un de ses pneus crevé et l’homme élégant, d’une cinquantaine d’années, qui s’était accroupi pour constater le drame.
« C’est pas de chance, dit-il à Marie en souriant.
« Sauf si on considère que je suis un spécialiste de la roue de secours…
« Souhaitez-vous que je vous aide ?.... »
L’esprit de son interlocutrice vagabondait : elle allait être en retard, Alain lui serinerait que c’était de sa faute, qu’elle avait mal conduit, qu’elle avait garé la voiture n’importe où…
Quand elle revint sur terre, l’homme s’était redressé et la regardait avec douceur.
Elle l’observa à la dérobée et fut stupéfaite :
il était grand, élégant, dents blanches et tempes grisonnantes…
Son type d’homme se plaisait-elle à dire à ses amies.
Et voilà qu’il s’offrait de l’aider, qu’il attendait patiemment sa réponse !...
Elle reprit ses esprits et acquiesça enfin , d’un ton si désespéré qu’il éclata de rire :
« Voyons, ce n’est pas une catastrophe, je vous assure que j’en ai pour une minute…
C’est en fait en quelques minutes qu’il changea la roue de la petite voiture.
« Vous voyez dit-il en montrant ses mains , le seul souci, c’est qu’elles sont vraiment sales. »
Sans réfléchir et sans doute en manquant à la bienséance, elle l’invita à prendre un café à la cafétéria voisine
« Vous pourrez vous y laver les mains, ajouta-t-elle, un peu émue par le regard bienveillant du bel inconnu.
Il accepta volontiers cette offre spontanée et ils se retrouvèrent bientôt assis côte à côte devant une petite table ronde sur laquelle fumaient deux cafés brûlants.
« Je m’appelle Fabien et je suis commercial. Et vous, que faites-vous dans la vie ?
Sa voix était douce et chaude, ses yeux bleus la pénétraient comme ceux d’un enfant.
Décidément, il était très beau et Marie se surprit à se présenter, à répondre à toutes ses questions , à écouter sa vie , ses confidences.
Plus tard, elle n’arriva pas à comprendre comment ils avaient pu devenir intimes aussi rapidement, comment elle avait pu lui confier ses problèmes de couple comme à un ami de toujours, comment elle avait réussi à lui faire dire que sa femme l’avait trompé.
Lui aussi, il avait voulu se venger de cette injustice. Comme elle , il voulait revivre, au moins une fois, l’intensité d’un premier amour. Comme elle , il voulait balayer la poussière de la vie quotidienne…
Il la prit par la main sans qu’elle s’en offusquât et ils poursuivirent leur conversation tout en marchant. Elle ne réagit toujours pas quand ils traversèrent le parking sans s’arrêter à la voiture, quand ils se retrouvèrent à l’abri de la pluie , sous le porche du petit hôtel.
C’est là qu’il se pencha sur son visage et qu’ils échangèrent leur premier baiser avec une douceur qui les souleva de terre.
Quand il furent dans la petite chambre anonyme, elle se laissa déshabiller et porter sur le lit ; elle se sentait belle sous son regard amoureux, elle buvait les mots qu’il murmurait à ses oreilles. Il sut la caresser jusqu’à ce qu’elle le supplie elle-même de la prendre, il sut lui faire l’amour avec la tendresse et la fougue qu’elle attendait, elle sut se donner et donner comme il l’attendait.
Dans sa voiture qui la ramenait chez elle, Marie était toute à ses pensées. Bien sûr , elle ne reverrait plus cet homme qu’elle avait croisé et dont elle ignorait même le nom, pourtant, elle savait qu’elle avait eu besoin de cette aventure.
Elle se sentait bien , détendue et malgré l’heure tardive, elle se sentait sûre d’elle et elle ne craignait plus les reproches que ne manquerait pas de lui faire son mari.
Au mieux, il ne lui parlerait pas pendant quelques jours, au pire , il lui poserait des questions.
Elle n’y répondrait pas, ne voulant pas gâcher le capital sympathie qu’elle avait maintenant pour un mari trompé…
C’est néanmoins avec une pointe d’angoisse qu’elle ouvrit la porte du garage.
Elle n’entendait pas un bruit malgré l’heure tardive.
Son mari devrait être rentré…
Pas de lumière dans la maison…
Elle alluma celle de l’escalier qu’elle gravit lentement ,puis quatre à quatre, saisie d’angoisse.
Le grincement de la porte de la salle à manger et le bruit de ses pas l’effrayaient et faisaient battre son cœur…
Elle entra dans la pièce, alluma le plafonnier…
Son mari l’attendait, un énorme bouquet de roses dans les bras :
« Bonne saint Valentin, ma chérie, pardon pour tout à l’heure !
Elle se précipita dans ses bras.
Publié le 29/01/2009 à 12:00 par goulouche56
PUPUCE PRINCESSE DES BOIS (3ème épisode)
Attaché à un arbre par une lourde corde en chanvre, Teddy le petit faon regrettait amèrement sa folie…
.L’aventure n’avait duré que quelques heures …
Les chasseurs l’avaient rapidement capturé à l’aide d’un méchant filet qui s’était brutalement abattu sur lui.
Les trois hommes étaient assis autour d’un feu de camp, dans la pénombre du soir, et ils riaient bruyamment de leurs plaisanteries salaces.
Leurs ombres gigantesques dansaient sur les arbres à la lueur des flammes vacillantes et , pour Teddy, c’était une raison de plus d’avoir peur autant qu’il commençait à souffrir du froid de la nuit.
Par moments, le vent s’engouffrait à travers les arbres dans la clairière …Le souffle glacial caressait le petit corps tremblant du faon en hurlant à ses oreilles comme les fantômes d’une mort prochaine…
« HOU, HOU !!!!criait le vent….
« HOU, HOU !!!répondait Violette la chouette….
L’oiseau de nuit veillait sur le petit et apportait régulièrement de ses nouvelles à Princesse Pupuce…
Autour de Marianne, à quelques centaines de mètres du camp des chasseurs, tous les animaux du royaume attendaient le moment propice pour intervenir…
En plus de ses habituels et fidèles amis,on pouvait voir Prettypoun la souris curieuse, Vanina la louve aux crocs acérés, Angélique la chèvre sauvage, Nilda la jument brune, Vanessa la minuscule fourmi et Mayamumu la biche inquiète plus que les autres pour la vie de son enfant. .
Déjà, Albertlemagnifique, petit rat des champs s’était glissé jusqu’à Teddy et avait presque terminé de ronger ses liens…
Comme convenu, Violette la chouette lança le premier signal :
« HOU, HOU, HOU !!!....
« Les hommes sont enfin endormis comprit Princesse Pupuce….Nous pouvons y aller…..Chut !!!!!sans faire de bruit !...... »
Avec d’infinies précautions, Mabulle l’écureuil, Mamiezita la marmotte et Martine la loutre firent disparaître les 3 fusils des chasseurs…Ils les tiraient doucement en saisissant les sangles de cuir dans leurs petites gueules et il les firent glisser ainsi jusque dans la rivière…..
Le combat allait se jouer d’égal à égal….
Tous les animaux du royaume entourèrent alors les 3 chasseurs qui dormaient à poings fermés..
Pascale et Marcelle, à la demande de Marianne, leur offrirent alors un concert de « CROA ! CROA ! » à percer les tympans des tortionnaires de notre petit Teddy…
Hébétés, les hommes se réveillèrent brutalement ….
Ce qu’ils virent alors les remplit d’effroi :….
Des centaines d’yeux brillaient dans le noir tout autour d’eux…sur le sol…dans les arbres…
Dans le ciel, étaient-ce vraiment des étoiles ?
Découvrant rapidement qu’ils n’avaient plus d’armes, ils se mirent à pousser des cris de terreur rapidement étouffés par les cris , hurlements et grognements de tous les animaux du royaume….
L’écho s’en mêlait et c’était effrayant….
Quand Teddy fut enfin en sécurité, tout contre sa maman qui lui léchait le museau et les larmes, ce fut au tour de Joce et Jean d’intervenir…
Les deux gigantesques grizzlis, dressés sur leurs pattes de derrière, la gueule ouverte sur des dents énormes, se ruèrent sur les hommes en grognant avec férocité…
Au passage , leurs griffes arrachaient feuillages et arbustes.
Vision d’apocalypse pour nos trois gaillards qui s’enfuirent dans toutes les directions en hurlant leur effroi…
« Ils ne reviendront plus par ici, conclut Princesse Pupuce…
Puis, s’adressant à Jean et Joce qui , déjà , se frottaient le museau avec tendresse :
« Vous avez presque failli me faire peur, les tourtereaux !!! »
Toute la forêt retentit des cris et ricanements de tous les animaux qui reprenaient en chœur et en se moquant :
« les tourtereaux, les tourtereaux, les tourtereaux !!!! »
Jean Nounours et Joce se regardaient avec complicité…
.Les dernières braises du feu de bois semblait se refléter dans leurs yeux attendris….
Publié le 25/01/2009 à 12:00 par goulouche56
PUPUCE PRINCESSE DES BOIS
(2ème épisode)
Teddy, le faon, avait quitté le petit groupe d’amis pour « vivre une aventure dans le grand
nord » comme il le disait souvent alors que personne ne voulait le croire….
.
Pupuce se sentait abandonnée par son animal favori qui ne l’avait jamais quittée auparavant…
Elle savait bien qu’un jour il partirait pour fonder une famille mais il était encore bien trop tôt
pensait-elle.
Teddy était encore si frêle et si inexpérimenté !
De plus, l’ influence féérique de Marianne se limitait à quelques kilomètres autour de la cabane
et elle n’ignorait pas qu’au-delà, la nature reprenait ses droits…
Au-delà, les animaux ne parlaient pas, les animaux retrouvaient leurs instincts souvent cruels qui
leur permettaient de survivre dans ce milieu hostile.
L’hiver et ses frimas ne tarderaient pas à venir et le petit faon serait rapidement la proie des loups
et des lynx puis des vautours…
Jeanmi le Renne aux bois majestueux, se faisait appeler caribou au Canada…Il était très fier de
sa prestance .Elle lui venait, disait-il en gonflant son poitrail, d’un de ses aïeuls qui, selon lui,
avait tiré le traîneau du Père Noël.
Il s’inquiétait beaucoup de l’absence de leur petite mascotte.
« Il faut le rattraper avant qu’il ne dépasse les limites du royaume de Princesse Pupuce,
grommela-t-il.
Martine la loutre, bonne conseillère en général, proposa d’ameuter tous les amis du royaume et
d’organiser une battue.
Jean Nounours approuva en dodelinant sa grosse tête…
Joce, sa gentille femelle, en fit de même….Elle attendait toujours un peu avant de partager l’avis
de son gros compagnon afin de lui montrer qu’elle conservait son libre arbitre mais elle était
folle de son museau humide contre lequel elle frottait souvent le sien avec affection.
Marcel et Pascale , les corbeaux bavards, s’étaient déjà envolés à grands coups de « croaaa,
croaaa » pour tenter de repérer Teddy à travers les branchages épais de la forêt.
Princesse Pupuce ordonna à Goulouche le chacal d’arrêter de tourner en rond et de hurler à la
mort , démoralisant sans doute une partie du groupe.
Quant à Mamiezita la Marmote, elle se frottait les yeux pour rester éveillée et elle entraîna sa
petite Karine dans son sillage quand elle se décida également à entreprendre des recherches.
Bébert, le castor, emprunta la voie des eaux en remontant la rivière avec tous ses amis.
Mabulle, la petite femelle écureuil, grimpa au sommet de son arbre préféré pour tenter de repérer
le jeune fugitif…
Une fumée, à quelques kilomètres, attira son attention et elle orienta les recherches vers cet
unique signe de vie…et de danger….
Pour entreprendre ses recherches, Lulu , le lièvre, dut abandonner ses épouses dans son terrier.
Déjà, ce « reproducteur » très actif leur manquait.
Mélinda,Brigitte,Cassis, Guylaine,Crisquotte et Nathalie, hases fidèles et obéissantes, avaient
pourtant fort à faire avec la progéniture que Lulu leur confiait : une bonne cinquantaine de
petits levreaux bien mignons mais fort difficiles à rassasier !
A cheval sur le dos de Jeanmi, Pupuce dirigeait les recherches…
Notre caribou courrait très vite et ils furent les premiers à apercevoir les trois hommes qui
s’activaient autour d’un feu de bois, au milieu d’une clairière.
Attaché par le cou au pied d’un arbre, Teddy semblait s’être résigné à son sort….
De grosses larmes coulaient néanmoins des amandes de ses yeux et parfois un sanglot s’échappait de sa
petite bouche entrouverte….
Publié le 24/01/2009 à 12:00 par goulouche56
PUPUCE, PRINCESSE DES BOIS
Il était une fois, tout au fond de la forêt canadienne, dans une petite cabane en rondins de
bois, au bord d’une merveilleuse rivière, une petite fille appelée Pupuce.
Ses amis, les animaux, l’avaient appelée ainsi et elle s’en satisfaisait car elle n’avait jamais pu
lire son vrai prénom, Marianne, sur la médaille en or qu’elle portait au cou.
Oui, vous avez bien compris, les animaux de la forêt lui avaient donné un nom !
Oui, les animaux de la forêt parlaient !!
Oui mais ils ne parlaient qu’à Pupuce car ils l’avaient adoptée et ils la protégeaient.
La fillette aux longs cheveux blonds frisés ne manquait de rien car ses amis à poils et à
plumes pourvoyaient à tout .
Ils veillaient à son confort, à sa sécurité, à sa santé depuis qu’ils
l’avaient sauvée, après la chute d’un gros avion qui n’avait épargné qu’elle….
Il y avait Jean, le gros nounours brun , qui lui apportait régulièrement le miel qu’il volait aux
abeilles et le sirop d'érable qu'il arrachait aux troncs d’arbres…
Bonhomme, le nounours, mais si dangereux pour un étranger qui se serait aventuré dans les
parages ! .
Ses grognement de vieux grizzli et ses énormes dents ne faisaient pourtant pas peur à la
fragile Pupuce, ni à sa compagne Joce qui n’hésitait pas à lui décocher un bon coup de ses
longues griffes quand il le fallait….
Elle était mignonne, la Joce, avec son joli museau marron , ses petites oreilles et sa grande
gueule au sourire énigmatique…
C’est elle qui jouait le rôle de maman et Pupuce obéissait bien vite quand, après le repas du
soir et les jeux rupestres, Joce grognait en dodelinant de la tête :
« c’est l’heure d’aller se coucher, au dooodooo ! »
Marianne courrait se blottir contre le ventre doux et chaud de Joce dont les ronflements
rassurants endormaient très vite toute la maisonnée…
Le jour se levait avec les croassements de Pouquette, la petite grenouille, sur le bord de la
fenêtre.
Puis tout le monde était réveillé aux cris et disputes de Marcel, le vieux corbeau et de sa
femelle, la Pascale…
« Je te dis qu’il est l’heure de réveiller la petite ! criait-t-il de sa voix rauque
« Et moi je te dis que non, vieux corbeau mal peigné ! lançait Pascale de sa voix pincharde….
« Et moi, je dis que je suis réveillée ! répondait Marianne en étirant ses petits bras et en riant
aux éclats…
« Tu vois, bon à rien , tu as réveillé la petite ! poursuivait Pascale….
Martine, la loutre, apportait un poisson qu’elle avait capturé…
Bébert le Castor amenait le bois qu’il avait coupé avec ses dents tranchantes et il préparait le
feu…
Mabulle, une petite femelle écureuil , passait ses longues griffes dans les cheveux de Pupuce
pour la coiffer et criait de sa voix stridente :
« c’est pour qui ,ces belles noisettes ?C’est pour qui ?...C’est pour Pupuuuce !
Mamiezita la Marmotte se réveillait enfin et aidait la petite fille à faire sa toilette au bord de la
rivière :
« si, si , si , chantait-elle à Pupuce, l’eau est douce et c’est bon de se laver !ça rafraîchit les idées !!! »
Goulouche le chacal ne semblait pas du même avis et tremblait pour la petite fille en la
voyant nager dans la rivière…
« Bouuuuuh, elle est trop froide pour moi geignait-il…..
Martine, elle, continuait sa sieste sur l’eau, en nageant sur le dos et en sifflotant d’ anciennes
chansons d’amour des année 60.
Publié le 13/12/2008 à 12:00 par goulouche56
VEILLEE DE NOËL
Il faisait froid, la neige tombait à gros flocons sur fond de ciel tourmenté.
La nuit tombait peu à peu et Marcel peinait sur le chemin du retour.
les gerçures de ses pieds lui faisaient mal dans ses gros godillots de cuir et, tout en marchant péniblement ,il tentait de tenir fermé le col de sa vieille canadienne havane.
Ses doigts engourdis le faisaient souffrir et , régulièrement, il les réchauffait en soufflant dessus son haleine saccadée et fumante.
Au loin, il apercevait le village aux toits blancs, les volutes qui s’échappaient des cheminées.
Il se voyait déjà dans son vieux fauteuil de cuir, bourrant sa pipe au coin du feu à l’âtre.
Pascale l’attendait…..Elle lui apporterait un grog qui lui brûlerait agréablement les entrailles….Elle était toujours jolie et alerte, sa Pascale ! Les années semblaient ne pas avoir prise sur elle et, en ce soir de Noël, elle lui ferait sans doute un petit cadeau….
Elle aura sans doute économisé, sou par sou, pour lui offrir une nouvelle écharpe de laine ou une blague à tabac ?
Cette année, elle sera surprise, pensait-il…Agréablement surprise, la Pascale !...Marcel serra dans sa main le petit paquet cadeau qu’il protégeait dans la poche supérieure de sa veste …
Une petite boîte recouverte de cuir rouge, emballée dans du papier doré, un joli ruban…
Elle serait surprise cette année la Pascale !!!A chacun des événements heureux qui avaient marqué leur vie, il lui avait offert des cadeaux utiles, des appareils ménagers, un vêtement chaud, des bottes fourrées de laine pour le travail…Cette année, rien de tout cela !...
Sa femme serait surprise , très surprise !
Marcel souriait….
Il l’imaginait fébrile en découvrant le petit paquet….
Il la voyait le déballer, les doigts tremblants….
Oui, ce soir, elle aurait la surprise de sa vie !!!
Une surprise inoubliable…..
Publié le 11/07/2008 à 12:00 par goulouche56
L’automne était venu sans qu’il s’en aperçoive.
Les bouleaux gémissaient sous les rafales du vent de septembre ; ils perdaient déjà leurs feuilles mordorées qui tourbillonnaient et frappaient parfois à la fenêtre.
Derrière les carreaux, au premier étage de son pavillon douillet, il observait les merles et les pies qui, d’un brusque coup de bec, repoussaient les feuilles mortes et se disputaient quelques graines ou un ver de terre malchanceux.
Il ne se lassait pas de cette vue somptueuse sur le village voisin, accroché à la colline, et des vastes champs labourés qui l’entouraient.
Quelquefois, il y avait aperçu un faisan ou un chevreuil égaré qui tentait de rejoindre le petit bois situé à l’ouest, puis la forêt voisine.
Dans une heure, sa femme rentrerait du travail et pesterait contre la circulation, la météo et ses collègues.
Après un repas frugal et une douche brûlante, elle s’affalerait sur le canapé, devant le récepteur de télévision.
Elle trouverait alors rapidement un sommeil profond qui se manifesterait par une respiration régulière et sonore.
Parfois, il trouvait cela sympathique et rassurant mais, le plus souvent, il se réfugiait au sous-sol pour échapper à ces manifestations d’indifférence insupportables.
Tout dépendait du climat dans le couple, de leur relation, de leurs concessions mutuelles.
Dans un peu moins d’une heure, elle le retrouverait mort, étendu sur SON canapé.
Qu’allait-elle regretter le plus ? Sa sieste ou son compagnon ?
Regretterait-elle aussi les conversations inachevées, les silences forcés, les sujets tabous, l’absence de communication ?
Saura-t-elle deviner les cris qu’il n’a jamais poussés car il partait perdant, le désespoir qui l’envahissait peu à peu face à une solitude à deux devenue insupportable?
Regrettera-t-elle de ne pas avoir toujours fait l’effort de le comprendre, de partager ses joies et ses peines, ses fantasmes et ses jeux ?
Il sentait ses paupières s’alourdir inexorablement et son estomac nauséeux. Sans doute l’effet des médicaments qu’il avait avalés en quantité, de peur de rater sa sortie.
Finalement, il était heureux que tout se termine sans explications.
Il s’étendit sur le divan, observant le plafond où des ombres mouvantes devenaient le reflet de sa vie.
Dans ces derniers instants, il s’en voulait d’avoir raté le GRAND amour, la GRANDE carrière, les GRANDES aventures.
Il espérait qu’il allait les vivre enfin, au-delà de la vie, débarrassé de cette enveloppe charnelle qui avait souvent été la cause de ses maux, ses indécisions, ses angoisses et ses vices.
Son esprit quittait peu à peu ce corps usé comme le fait la conscience de soi lorsqu’on a trop bu.
Cette fois, il ne tenta pas de retenir son âme et elle quitta sans douleur ce qui avait été lui pour les autres.
Il entendit sa femme interroger puis crier son prénom, il la vit secouer ce qui fut son corps.
Elle resta interdite, bredouilla quelques mots, pleura, cria même avant de se saisir du téléphone et appeler des secours devenus inutiles.
Plein de commisération, il vit sa douleur de se retrouver seule comme il le fut, de perdre une compagnie à laquelle on s’était habitué.
Il tourna néanmoins son regard vers la lumière aveuglante qui venait du ciel et, en toute confiance, il s’y fondit en souriant….
Sur le chemin lumineux, Elle l’attendait, intensément belle et chaleureuse.
Elle lui tendit la main. Il la prit avec douceur et sentit en un éclair mille émotions agréables.
Elle se fondait en lui et son amour l’envahissait, il disparaissait en elle pour lui renvoyer l’immensité de sa tendresse.
Elle lui fit sentir qu’ils ne se quitteraient plus jamais et il se sentit enfin libéré, heureux, serein.
Les yeux dans les yeux, ils se disaient leur amour infini et cela suffisait à leur béatitude.
Publié le 11/07/2008 à 12:00 par goulouche56
.NUIT D’AMOUR EN ISERE
Comme chaque vendredi soir, Jean reprenait la route dans son autocar flambant neuf et entretenu avec amour.
« un autocar ! » tenait-il à préciser, « pas un bus ! »
Il en était amoureux au point d’en oublier Joce , sa compagne, qui souriait avec tendresse quand on lui rappelait la seconde passion de son mari.
« vingt ans de mariage, pas un nuage ! » rétorquait-elle avec sa bonne humeur et son humour habituels.
Ce soir serait exceptionnel et ,en cette veille de Noël, son patron lui avait confié un « voyage surprise » que la moitié des participants offrirait à l’autre moitié des passagers.
Il s’apprêtait donc à les conduire dans un endroit tenu secret où ils passeraient le week-end en amoureux, à faire la fête où à visiter…
« ou encore à faire du ski ? » essayait-il de deviner tout en mettant le contact et en se délectant du ronron régulier du moteur…
Cette fois, la société avait fait fort puisque même le chauffeur ignorait la destination finale de leur escapade…
Juste un point isolé où la soixantaine de passagers embarquerait et une enveloppe cachetée qu’on lui avait remise avant le départ.
A l’intérieur devait se trouver une carte, un itinéraire, le détail du séjour et des festivités…
A cinquante ans passés et une trentaine d’années de conduite derrière lui, Jean ne s’étonnait plus de rien et surtout pas des caprices des vacanciers qui tenaient à rompre avec la monotonie de leur quotidien…
Bel homme, brun aux tempes légèrement argentées, au sourire avenant, le destin l’avait mis bien souvent face à des situations saugrenues , cocasses ou simplement inattendues.
C’était le cas ce soir et ce n’était pas pour lui déplaire….
C’est donc avec un petit sourire satisfait qu’il conduisait son engin tout en vérifiant en professionnel les systèmes de sécurité et les dispositifs liés au confort des passagers….Il avait allumé la radio et la musique douce que diffusait les nombreux haut-parleurs baignait le car dans l’ambiance ouatée des veilleuses.
La nuit était tombée très vite et la lumière des phares dansait sur la route sinueuse de montagne.
Le bus s’arrêta en douceur à l’endroit convenu, un carrefour isolé dans un endroit désert….
Jean actionna l’ouverture des portes. L’air comprimé soupira dans la nuit froide et silencieuse.
Il était maintenant inquiet car il n’apercevait âme qui vive. Il s’apprêtait donc à utiliser son téléphone portable pour se renseigner lorsque des pas saccadés retentirent sur l’asphalte…
Quelques secondes encore et une créature de rêve apparut dans l’entrebâillement de la porte à soufflets.
Brune aux longs cheveux, une trentaine d’année, un visage d’ange et un corps parfait moulé dans un manteau très court à large ceinture…
Bouche bée, il la regardait avec admiration mais aussi un grand étonnement….
C’est elle qui prit la parole en premier :
« Bonsoir !lança-t-elle avec un joli sourire…Je me présente car vous semblez ne pas me reconnaître…Sandra, attachée commerciale dans notre société « Flèches blanches en Isère » , ce soir, je vais vous servir de guide…je vous accompagne durant tout le week-end et je suis sure que nous allons bien nous entendre….
« Bonsoir Mademoiselle , bredouilla Jean….Je suis à votre disposition…. »
« ne le répétez pas ! rétorqua-t-elle avec un sourire angélique et coquin….je pourrais en abuser…. ».
Décontenancé, Jean passa la première et son autocar hoqueta pour la première fois depuis bien longtemps en reprenant la route indiquée par Sandra….
Le bus grimpait toujours et la neige , qui commençait à tomber en gros flocons, tournoyait dans les faisceaux lumineux et ralentissait la course des essuie-glaces .
..Sandra avait retiré son manteau et sa robe de soirée noire, largement décolletée mettait en valeur ses formes généreuses…
Entre deux virages négociés avec de plus en plus de difficultés, Jean l’observait à la dérobée dans ses rétroviseurs….
Oui, elle était magnifique, oui, il l’avait déjà aperçue au siège de son entreprise, non il ne l’avait pas oubliée….
Il en avait conservé un souvenir confus où gêne et désir se mêlaient, où tendresse et violence s’affrontaient dans un crâne bouillonnant….
Homme fidèle, il ne comprenait toujours pas cette envie qu’il avait eue de la prendre et la serrer dans ses bras, de la couvrir de baisers, de lui glisser mille mots doux à l’oreille….
Leurs regards s’étaient croisés et il avait cru entrevoir de la tendresse et de la complicité dans l’intensité mystérieuse de ses yeux verts.
« C’est encore loin ? demanda-t-il à la jeune femme, la gorge serrée…le temps est épouvantable…et malgré les chaînes, on pourrait se trouver bloqués…. »
« encore 200 mètres…..rassurez-vous….nous arrivons…..prenez à droite…ralentissez s’il vous plait….vous pouvez vous arrêter….. »
Jean distinguait difficilement le petit chalet en bois d’où ne filtrait aucune lumière….L’endroit semblait lugubre ….la neige et le vent fouettaient les vitres du car……Les grands sapins laissaient craquer leurs gigantesques carcasses….
Sandra guida Jean dans le petit chalet….elle alluma une vieille lampe à pétrole et le feu dans la grande cheminée à l’âtre….Jean posa les deux valises sur le plancher de l’unique pièce du refuge….
« tout a été préparé pour nous , le rassura-t-elle…Du bois , un petit repas sympa, des couvertures bien chaudes pour la nuit…. »
Malgré la pénombre, elle vit rosir les joues de Jean qui se laissait désormais porter par les évènements et guider par cette femme délicieuse….
« nos passagers sont des randonneurs de montagne et ils nous ont donné rendez-vous ici…demain matin…..sans doute vers 10 heures…..nous les ramènerons ensuite par étapes vers la civilisation…… »
Elle s’approchait lentement de lui, fraîche et belle comme il l’avait rêvée….
Le feu ronronnait dans la cheminée…..Son parfum le grisait et l’envoutement le paralysait sur place ….Elle passa ses bras autour de son cou…..
« ne dis rien, Jean, ne dis rien….je sais…….embrasse moi…..s’il te plaît, embrasse-moi… »
Ses lèvres rouges et pulpeuses étaient entrouvertes ……Son haleine sentait délicieusement la framboise……
Jean oublia tout…Tout valsait autour de lui….un délicieux vertige s’emparait de lui….
Il saisit à deux mains les cheveux magnifiques de Sandra et attira son doux visage vers le sien…Il posa ses lèvres sur les siennes…Il l’embrassa passionnément, mordant sa bouche, écrasant ses lèvres, buvant son souffle…..
« Ben dis donc, t’es pas bien ! cria Joce en tentant de repousser son mari….A 4 heures du matin, tu m’arraches les cheveux, tu m’embrasses comme un malade !!!Qu’est-ce qui t’arrive ? »
Hagard, Jean n’arrivait pas à reprendre ses esprits….Un rêve ?un cauchemar ?
Sa déception n’ayant pas éteint ses désirs, il trouva la réponse qui convenait à la situation :
« Tu sais que je t’aime toujours comme au premier jour , ma chérie ???Je ne sais pas ce qui m’a pris mais j’avais tellement envie de toi… »….susurra-t-il à son oreille.
Elle avait envie de le croire et se lova contre lui, abandonnée….
Publié le 10/07/2008 à 12:00 par goulouche56
V0YAGE DANS LE PASSE
A soixante ans, il avait appris la sagesse et il connaissait ses propres limites.
Désormais, il « faisait avec » et composait avec l’existence.
Seul le rêve lui permettait encore toutes les folies de la jeunesse, lui rappelant celles qu’ils avaient vécues, lui suggérant celles qu’il aurait voulu vivre.
Apparemment, il somnolait , assis dans son vieux fauteuil de cuir vert mais, en réalité, ses sens étaient en éveil, parfaitement rodés à cet exercice du songe et du fantasme, du « virtuel » comme disaient les jeunes .
Il décida, une fois de plus , de se plonger dans ses souvenirs.
Il savait que c’était souvent plus éprouvant encore que d’imaginer des situations qu’il n’avait pas vécues car il y rencontrait bonheur, mais aussi nostalgie, remords ou simplement regrets.
Il se réjouissait toutefois d’avoir pu connaître de telles aventures, de tels sentiments, de telles personnes.
Finalement, constatait-il, la vie toute entière se joue en quelques années d’enfance et d’adolescence.
C’est en effet durant cette courte période de notre vie que nous apprenons tout ce qui régira la suite de notre existence,
que nous découvrons , pour la première et la dernière fois, les premiers émois sexuels, le premier amour, le premier baiser, le premier désespoir, le premier …
Il s’endormit avant d’aller plus loin, un bon sourire aux lèvres sur un visage irrémédiablement marqué par toutes les années qui avaient suivi, l’une après l’autre, irrémédiablement monotones et répétitives…
La fraîcheur de la nuit le réveilla.
Dans le noir, comme un somnambule, il tenta de rejoindre sa chambre et son lit douillet.
Bien que connaissant parfaitement tous les recoins de son petit pavillon, c’est avec difficultés qu’il finit par trouver la clenche.
La lumière l’aveugla quand il ouvrit la porte et , par réflexe, il s’excusa auprès de la personne qui vaquait dans la cuisine.
La cuisine, mais pourquoi la cuisine ?
Et qu’y faisait cette jeune femme d’une quarantaine d’années au sourire bienveillant ?
« C’est à cette heure-ci que tu rentres ? A dix-sept ans, moi, je n’avais pas la permission de minuit.
Enfin, ton cher beau-père est couché et il ne s’est aperçu de rien… Tu peux aller te coucher , mais surtout pas de bruit !... »
Il embrassa sa mère et, le cerveau en ébullition, il finit par monter les marches de l’escalier qui le conduisait à sa chambre, quarante ans plus tôt ….
Des chamois et petits montagnards sur fond jaune pour tapisserie, un grand lit en coin recouvert d’un édredon américain de couleur bordeaux, une armoire ancienne, un petit bureau d’enfant près de la fenêtre, il reconnut sa chambre d’adolescent avec beaucoup d’émotion.
Avant d’éteindre le lustre imitant la pâte de verre, il alluma la petite lampe de chevet qu’il avait bricolée avec une vieille douille, du fil de fer et du papier bristol.
Plusieurs fois, assis sur le lit, il tenta encore de se concentrer pour sortir de son rêve mais il n’y parvint pas.
Il décida finalement de se laisser aller , de s’abandonner au passé qui voulait peut être lui donner une seconde chance.
Après tout, il se sentait bien, il ne s’était même jamais senti aussi bien depuis des années.
Seule sa vue lui posait quelques problèmes qui disparurent dès qu’il enleva ses verres de contact. Il voyait parfaitement et ses vieilles douleurs avaient complètement disparu pour faire place à une énergie qui l’empêchait de s’endormir malgré l’heure tardive.
Il était trop curieux de tout et trop pressé de profiter de ce rêve si réel.
Avec appréhension, il décida de se regarder dans l’armoire à glace.
Abasourdi, le miroir lui renvoya l’image d’un jeune homme, presque un adolescent, en pleine forme, beau et sympathique comme peut l’être la jeunesse.
La nuit lui parut interminable.
S’il était revenu dans le passé, et même si ce n’était qu’un rêve, il avait bien des choses à faire avant de revenir à la triste réalité…
Il fouilla la petite chambre, à la recherche de ses souvenirs.
Il leva la table mobile du petit bureau et y trouva ce qu’il avait espéré y trouver : les lettres d’Adriana, nombreuses, parfumées, bien rangées.
La dernière en date le rassura : il n’avait pas encore commis l’irréparable… Elle l’aimait toujours et le suppliait de la rejoindre dès que possible.
A droite du bureau, sur la tablette en marbre noir de la commode , se trouvait l’antique poste de radio qu’il avait récupéré chez sa grand-mère. Il l’avait vidé de ses lampes et câblages pour en faire sa boîte à secrets.
D’une main hésitante, il le retourna lentement.
Le flacon de parfum et le foulard de soie rose s’y trouvaient encore . Il les porta successivement à son nez et inspira longuement , faisant renaître mille souvenirs émouvants.
Il s’étendit enfin sur le lit, profitant de ces instants merveilleux, serrant contre son visage le petit carré d’étoffe légère et délicieusement parfumée.
Lorsqu’il s’éveilla, sa première réaction fut de retenir son corps et de descendre du lit avec la précaution d’un vieil homme aux muscles rompus, au dos cassé, aux articulations grippées.
Il fut agréablement surpris d’être encore dans son rêve après un sommeil onirique.
Souple et de bonne humeur, il descendit dans la cuisine.
La pièce était vide mais son café était prêt, de même que son bol et ses tartines beurrées.
Il déjeuna avec appétit, retrouva la vieille salle de bains avec nostalgie et sortit après en avoir informé sa mère qui bavardait sur le trottoir avec la voisine.
Il n’avait pas de temps à perdre…Il lui fallait :
1) trouver de l’argent
2) rejoindre Florence, en Italie.
Il fit donc ce qu’il n’avait jamais fait :il passa une bonne partie de la journée à « taper » ses copains du village.
Son butin fut malheureusement décevant et surtout insuffisant pour donner à son rêve la fin qu’il avait imaginée pendant près de quarante ans.
Ce n’est qu’en fin d’après-midi qu’il comprit que le destin, ou la Providence, lui faisait un deuxième cadeau.
Dans la poche de sa veste, il ne trouva que son portefeuille de vieil homme qui avait sans doute fait le « voyage » avec lui.Il y retrouva une coupure de journal jaunie, datée du 25 mars 1964, sur laquelle il s’attendrit en retrouvant ses amis de classe.
En dessous, les résultats du tiercé du 24/03/1964 !
En face de lui, dans le bistrot du coin ou il s’était réfugié pour réfléchir, un calendrier coché à cette même date …
Il demanda à Maïté, la fille du patron, de lui jouer trois fois les chiffres de la course gagnante…
Sans surprise, la radio lui confirma le lendemain qu’il était millionnaire en « anciens francs ».
C’est à Lyon qu’il toucha son argent le même jour, qu’il le transforma en un confortable paquet de traveller chèques ; c’est également à Lyon qu’il prit le soir même le train de nuit à destination de Milan.
Correspondance pour Florence, taxi, porte cossue de la maison de ville.
Il décida d’attendre et de faire le guet dans le petit hôtel situé juste en face.
C’est de la fenêtre de sa chambre qu’il aperçut Adriana alors qu’elle sortait de chez elle, belle comme dans sa mémoire.
Il était 15 heures, elle était seule …
Le cœur du « jeune » homme battait la chamade…
Il se précipita dans l’escalier, le hall d’entrée de l’hôtel, la porte à battants.
Ces battants qui refusaient de s’ouvrir alors qu’Alain perdait de vue la jeune femme.
Déjà, elle se perdait dans la foule.
Alain força le dernier obstacle dans un effort désespéré.
Il se retrouva dans la rue, presque seul…
« Quelle chaleur aujourd’hui ! » lui cria sa voisine…
« A nos âges, il faut faire attention à la canicule !... »
Sa femme ajouta :
« surtout après son attaque, j’ai parfois l’impression d’avoir affaire à un petit garçon ! »
Il sentit qu’elle le prenait par le bras . A petits pas, elle l’entraîna dans leur petit pavillon.
« Allez, va, c’est pas si mal , la retraite ! »continua-t-elle.
Le regard de l’homme passa de la déception à la haine, de la haine à la tendresse, de la révolte à la résignation.
Son corps lui faisait mal ; il transpirait.
Il s’épongea le front avec un carré de soie rose au parfum enivrant…
Dans son regard, le film avait repris… après « une brève interruption de l’image
Publié le 10/07/2008 à 12:00 par goulouche56
ET LE CIEL VINT A MOI....
La soucoupe se posa doucement sur le sol.
Franck était pétrifié.
Il observait la surface lisse et brillante de l’immense engin qui couvrait la presque totalité du terrain de football de son petit village.
Bénévole dans le club depuis son départ à la retraite, il lui arrivait de rester tard le soir dans le petit bureau qui lui était réservé.
Il aimait la solitude mais il aimait aussi rendre service et ses tâches de secrétariat lui permettaient de combiner ses deux penchants.
Il était minuit et il se trouvait seul dans les locaux de l’association quand son attention fut attirée par un long sifflement venu du ciel.
Il était sorti pour voir si des jeunes n’avaient pas squatté le stade, comme cela leur arrivait parfois, et il s’était retrouvé face à cette montagne de métal.
Cela ressemblait tout à fait à la soucoupe volante que l’imagination et les témoignages des hommes avaient représentée, aussi bien dans les B.D. que dans les ouvrages scientifiques.
Il faisait très sombre et, contrairement à ces fameuses représentations, aucune lumière ne filtrait de l’engin.
La soucoupe se posa doucement sur le sol.
Franck était pétrifié.
Il observait la surface lisse et brillante de l’immense engin qui couvrait la presque totalité du terrain de football de son petit village.
Prenant son courage à deux mains, il tenta de s’approcher encore un peu.
Il aurait voulu toucher l’OVNI pour se persuader qu’il ne rêvait pas mais un mur invisible, souple mais infranchissable, l’en empêchait.
Brutalement, un faisceau de lumière orangée l’aveugla.
Il se retrouva cerné par ce rayon lumineux . .
Il avait l’impression d’être traversé par des millions de photons qui l’entraînaient dans un couloir où il se sentit aspiré.
C’est ainsi qu’il se retrouva comme par enchantement dans l’engin qu’il observait une seconde plus tôt.
C’est tout du moins ce qu’il put conclure au premier coup d’œil jeté dans cet espace de science fiction.
Mobilier métallique aux formes ultramodernes, écrans de contrôle aux images psychédéliques, spots offrant un éclairage tamisé et inquiétant.
Franck redoutait logiquement les extra-terrestres qui pilotaient la soucoupe et qui peut-être allaient l’utiliser comme cobaye à des fins scientifiques.
Une porte glissa sans bruit dans la paroi métallique, face à lui.
Un homme d’une quarantaine d’années selon les critères terriens, se présenta à lui dans sa langue , d’une voix douce et apaisante :
« Je viens en paix d’une planète lointaine. Notre expérience nous a appris la prudence quand nous découvrons de nouveaux mondes. C’est pourquoi j’ai pris votre apparence humaine et votre langage pour ne pas vous effrayer. J’ai également décidé de ne m’adresser qu’à un seul être vivant de votre planète et de lui laisser notre message.
Vous êtes donc l’Elu, par le plus grand des hasards du cerveau informatique de ce vaisseau spatial. »
Franck mit de longues secondes avant de pouvoir dire un mot. Il parvint toutefois à articuler :
« Vous semblez très en avance sur nous… Qu’est-ce que la terre peut vous apporter ? Qu’est-ce que moi surtout, je peux vous apporter ? »
L’étranger lui répondit avec beaucoup de bonté :
« Je crois avoir compris que tout se monnaye sur Terre, tout doit être justifié… Avez-vous la moindre possibilité, par votre éducation, de comprendre que je viens vous apporter ce qui vous manque, même sans contrepartie,si cela peut vous amener à plus de paix et d’amour. »
Franck était subjugué mais il avait toujours beaucoup de mal à croire à la situation elle-même et, par conséquent, aux propos de cet homme qui lui promettait sans doute de faire un bond de plusieurs centaines d’années dans le futur.
L’étranger lui précisa qu’on l’appelait Tsirhc et il proposa à Franck une rapide visite des lieux.
Ils découvrirent ainsi de nombreuses salles que Tsirch lui présenta comme espace de détente, chambre à coucher, bibliothèque…
Une salle plus vaste ressemblait à un jardin japonais. Ensoleillée, verdoyante, elle était parcourue d’une petite rivière. Un petit coin de nature dans ce gigantesque espace métallique.
Assis sur un banc, dans la chaleur moite de ce petit paradis, les deux hommes poursuivirent leur conversation.
Tsirhc prit la parole en premier :
« Je vous demande de me faire confiance. Je vais vous donner une partie des pouvoirs détenus par notre civilisation. Nous savons que vous saurez les utiliser au mieux ou, parfois, ne pas les utiliser.
Je n’en ferai pas la liste ni la description. Vous les utiliserez intuitivement chaque fois qu’ils vous seront utiles. C’est un cadeau qui peut se révéler empoisonné si vous utilisez vos dons à mauvais escient… »
Franck n’écoutait plus ; un robot d’environ deux mètres de hauteur s’approchait d’eux d’une démarche lourde et puissante. Malgré les formes très schématiques des différents éléments de son corps de métal, il ressemblait à un homme. Il en eut en tout cas l’habileté quand il servit à boire à son maître et à leur invité occasionnel.
Il tendit une large coupe de cristal à Franck qui s’en saisit des deux mains et qui contempla avec appréhension le liquide vert qu’elle contenait.
Tsirhc en but une gorgée et son hôte , rassuré, en fit de même.
Le liquide avait un goût amer mais assez agréable ; il paraissait alcoolisé car Franck ressentit presque aussitôt d’étranges sensations.
Il se sentit tout à coup plus calme, son cerveau se mit à fonctionner avec une étrange facilité, il se sentait plus fort.
Le nectar, comme l’appelait Tsirhc, avait sans doute un effet soporifique car Franck ne tarda pas à fermer les yeux puis à s’endormir.
Quand il se réveilla dans son petit bureau du club de foot, il était toujours près de minuit alors qu’il était persuadé que son séjour dans l’astronef avait duré plus d’une heure. Son somme forcé lui avait paru également très long…
Franck se mit à penser qu’il avait peut-être rêvé.
Il se rua à l’extérieur, alluma l’ensemble des projecteurs qui éclairaient le terrain de foot durant les nocturnes.
La surface gazonnée était vide, sans traces, tristement vide.
Etait-il possible qu’il ait imaginé toute cette histoire alors que les évènements , les paroles restaient clairement fixés dans sa mémoire ?
Il était tard et il pensa à Jeanne, sa femme, qui était peut-être inquiète. C’est alors qu’il la vit comme si son esprit était une caméra, comme s’il pouvait observer le moindre détail quand son cerveau le commandait.
Elle n’était pas seule. Il regarda la pendule de la cuisine où elle se trouvait avec Laurent, leur voisin.
L’heure était exactement la même qu’au stade. Il voyait donc des évènements actuels qui se déroulaient à plus de trois kilomètres de lui.
Laurent et Jeanne parlaient et il voulut entendre :
« Il faut que tu partes, disait sa femme, Franck va bientôt rentrer. »
Laurent l’embrassa longuement sur les lèvres et la rassura :
« Tu sais bien qu’il reste au stade jusqu’à une heure, parfois plus… Ne t’inquiète pas et oublie celui qui t’oublie », ajouta-t-il d’un air supérieur qui finit d’excéder Franck.
Celui-ci n’apprécia pas plus la main baladeuse que Laurent passa sous les jupes de sa femme avant de franchir le seuil de leur pavillon.
Franck venait de découvrir avec beaucoup d’amertume une partie de ses nouveaux pouvoirs. Non, il n’avait pas rêvé ; non plus, il ne se laisserait trahir sans réagir.
Quand il fut rentré chez lui, il se dirigea vers le salon.La lumière filtrait sous la porte, signe que Jeanne regardait toujours la télévision, à défaut de l’attendre avec passion.
Quand il s’approcha d’elle, il perçut très clairement toutes ses pensées.
Elle se disait qu’elle aurait mieux fait d’aller se coucher, que son mari allait peut-être lui imposer le devoir conjugal alors qu’elle venait de le tromper pendant plus d’une heure .
Franck se contenta de la regarder dans les yeux et elle se sentit pénétrée par une volonté inconnue contre laquelle elle ne pouvait pas résister .
Elle se leva , l’embrassa longuement comme au premier jour, s’offrit à son mari passionnément alors que son esprit tentait de le repousser.
Quand tout fut fini, son corps dut encore s’agenouiller devant son mari tandis qu’elle s’entendait lui avouer toutes ses turpitudes avec le voisin.
Franck annonça calmement qu’il prendrait sa décision après quelques heures d’un sommeil bien mérité.
Il se rendit vite compte qu’il n’avait plus besoin de dormir mais qu’il pouvait néanmoins le faire, sur commande, si cela lui chantait .Il trouva également amusant de constater qu’il aurait pu refaire l’amour immédiatement sans aucune difficulté…
Avant de s’endormir pour le plaisir, il s’entraîna un peu à ses nouvelles facultés
Il pensa donc à Laurent qu’il vit monter les escaliers, sans bruit, pour ne pas réveiller sa charmante femme obèse qui ronflait comme un sapeur.
Sans qu’il sache pourquoi il le faisait, Laurent dut remplir un seau d’eau glacée qu’il remonta du sous-sol.
Il entra dans la chambre conjugale avec cet accessoire et d’un geste incontrôlé et incontrôlable, il versa le contenu du seau sur la tête de sa femme…
Jeanne ne comprit pas l’éclat de rire de son mari, au milieu de son sommeil et de la nuit…
Au petit matin, il se réveilla à l’heure qu’il avait programmée, en pleine forme.
Aucune douleur, un corps en pleine santé sous la même apparence d’un homme d’une cinquantaine d’années, plutôt chétif.
Il se rendit à pied, au pas de course, au café du village.
Le trublion était encore là, grand , gros et vulgaire. Comme souvent, il cracha une de ses injures favorites à Franck qui, jusqu’à présent, avait fait mine de l’ignorer.
Cette fois, il alla lui serrer la main au bar.
Le gros porc y était accoudé et lui tendit une patte visqueuse et molle que Franck se mit à serrer progressivement.
Sa force semblait infinie et, au fur et à mesure, l’obèse se mit à blêmir et dut regarder Franck dans les yeux.
Celui-ci le fixait et continuait d’écraser les doigts de sa victime dont le visage reflétait maintenant la douleur et la crainte. Il ne cessa que lorsque le quintal de graisse se mit à crier , à plier les genoux puis à s’agenouiller devant notre héros du jour.
Le patron du bar s’était tu pour entendre Franck ordonner :
« Maintenant tu payes ce que tu dois et tu fous le camp ! »
Le gros ne demanda pas son reste et disparut en continuant de souffler sur ses doigts.
Visiblement satisfait, Franck alla s’asseoir près de son compagnon habituel qui n’avait pas suivi la scène.
Il lut dans ses pensées à quel point l’âge et la maladie l’avaient affaibli et il tenta une expérience :
« Donne-moi ta main , Paul, demanda-t-il. S’il te plaît… »
Son ami obéit sans pouvoir le contester.
Franck se concentra une seconde et Paul sentit son corps se libérer immédiatement de toutes ses douleurs habituelles. Il avait l’impression de recevoir une énergie divine qui le transportait.
Il regarda son vieux compère avec reconnaissance et dut se contenter de ce mode de remerciement car sa voix et sa gorge se bloquaient chaque fois qu’il tentait d’exprimer autrement sa gratitude.
Quand vint le moment de se séparer, Paul se surprit à se lever d’un bond et à marcher sans difficultés vers la sortie.
Satisfait, Franck se rendit au distributeur automatique de la Poste avant de regagner ses pénates.
Il posa sa main sur l’appareil qui commença de cracher des billets de banque jusqu’à ce que l’homme estime en avoir assez et il se dirigea tranquillement vers chez lui.
Jeanne s’attendait à des réprimandes, à une scène violente.
Elle était « dans ses petits souliers. ».
Très cool, Franck lui annonça qu’il la quittait, qu’il ne lui en voulait plus et qu’il ferait le nécessaire pour qu’elle n’ait aucun problème matériel.
Elle voulut se jeter dans ses bras pour se faire pardonner mais, d’un geste de la main, il créa un mur invisible sur lequel elle vint se heurter.
Sans un mot, il lui fit comprendre l’importance de sa nouvelle mission et, pour la convaincre de ses nouveaux pouvoirs, il tendit son bras vers elle et elle s’éleva du sol d’une bonne vingtaine de centimètres.
Il la reposa avec beaucoup de douceur et elle comprit qu’il la quittait définitivement.
Franck pensa « Paris » et fut télé transporté à Paris,il pensa « télévision » et se retrouva assis en face du journaliste du « treize heures », complètement médusé.
Il prit la parole sans qu’on l’y invite mais sans qu’aucun technicien ne puisse s’y opposer.
Il raconta brièvement sa rencontre avec un extra terrestre et récita le message de paix qu’il lui avait confié.
Le message précisait que Franck avait été élu pour rétablir la paix dans le monde et qu’il faudrait l’aider pour qu’il atteigne son but plus rapidement.
Après avoir rempli sa mission d’information, Franck relâcha son attention et les services de sécurité crurent devoir arrêter cet intrus illuminé.
Il décida de laisser faire pour voir jusqu’où pourrait aller la bêtise de l’homme.
C’est dans un « panier à salade » qu’il fut conduit sans ménagement à la Préfecture de Police.
Aux questions qu’on lui posait inlassablement, il répéta une seule fois son message puis décida de se taire.
Les policiers lui demandaient avec ironie de prouver ce qu’il disait ou tout au moins de donner une preuve des pouvoirs qui lui avaient été confiés mais il s’y refusait.
Leurs sarcasmes semblaient même l’amuser.
A tel point qu’un des policiers, excédé par son attitude, eut la mauvaise idée de lever la main sur lui.
Il sentit instantanément que son bras droit se paralysait et il ne put le ramener le long de son corps.
Ses collègues médusés durent se rendre à l’évidence ; quant au médecin de garde, il ne put que constater son impuissance face à ce phénomène.
D’un regard, Franck se libéra de ses menottes dont les pinces se desserrèrent brutalement, il se leva et libéra également le bras du policier , simplement en l’effleurant de la main.
Ses collègues tentèrent en vain de sortir leur arme de leur étui, de l’empoigner, de le maîtriser.
L’homme allait et venait dans le bureau, maugréant contre leur incompétence et leur incrédulité.
« Puisque vous voulez des preuves, je vais vous en donner. Vous allez pouvoir mettre la main sur l’assassin le plus recherché de la planète.
Je vous présente Mustapha Ben Laden ! »
Instantanément, le terroriste barbu apparut au centre de la pièce. Il semblait tout aussi étonné que les policiers qui l’entouraient. Il ne s’agissait pas d’un mirage ou d’une image mais bien du chef du groupe terroriste Al Kaïda en chair et en os.
Sorti de la torpeur qui suivit son affolement, Mustapha comprit qu’il devait tenter de s’enfuir mais les représentants de l’ordre eurent vite fait de l’appréhender.
La nouvelle se répandit rapidement dans le monde entier et elle finit de donner une réputation, une caution à Franck.
Les chefs d’état se l’arrachaient, tentant d’obtenir quelque faveur pour mieux dominer leur peuple ou même la planète.
Franck fut vite convaincu qu’il devait trouver une méthode plus expéditive s’il voulait mener sa mission à bien.
Il décida de procéder avec son humour habituel qui, pour une fois, s’accommoderait de sa toute puissance.
Il s’isola donc et prit quelques décisions :
Le premier jour, il décida que tous les terroristes , nationalistes et intégristes du monde se retrouvent brutalement entièrement nus et, définitivement, sans possibilité de se couvrir. On imagine facilement le ridicule brutal de leur situation et leur repérage aisé par les forces de l’ordre.
Le deuxième jour, il décida que toutes les armes et machines de guerre de la planète seraient transformées instantanément en guimauve.
Pourquoi la guimauve ? Parce qu’il adorait ça tout simplement ; de même que les millions d’enfants dans le monde qui disposèrent d’une formidable réserve de confiseries …Un vrai conte de fée, pensa Franck.
Le troisième jour, les riches perdirent leur fortune et leurs relations tandis que les pauvres furent définitivement à l’aise, financièrement. Naturellement, le monde prit un aspect très différent où le sourire se mit à remplacer une partie des larmes.
Le quatrième jour, les maladies disparurent de la Terre et leurs traces sur ceux qui avaient eu à en souffrir furent effacées.
Le cinquième jour, le climat des cinq continents devint le même, inspiré de celui des îles paradisiaques où il fait toujours doux, où la végétation est luxuriante, où les récoltes sont abondantes. La faim disparut entièrement de la planète.
Le sixième jour fut celui de l’amour pour tous et chacun, très beau, se retrouva avec sa chacune, très belle.
Le septième jour enfin, il décida de se reposer, fier de son œuvre.
C’est alors que Dieu lui apparut dans sa gloire et sa magnificence.
Franck trouva la situation presque naturelle tant il se sentait proche du Maître de l’univers.
Il dut rapidement déchanter car les propos de Dieu n’étaient pas aussi flatteurs que ce qu’il avait espéré :
« Mon fils s’est présenté à toi comme un habitant d’une planète lointaine. Il t’a dit s’appeler Tsirhc et ne t’a pas vraiment menti si tu inverses les lettres de son nom.
Il m’a affirmé qu’un homme tout simple pourrait accélérer la fin du monde en quelques jours.
Et tu l’as fait en manipulant la destinée des hommes comme je m’étais interdit de le faire. »
« Mais je n’ai fait que du bien ! murmura timidement Franck. Je n’ai fait qu’obéir au Christ ! »
« Je ne te le reproche pas, lui répondit Dieu, d’une voix pleine de bonté, mais tu as précipité la fin du monde en le rendant idéal et , par conséquent, figé.
A quoi cela servirait-il de poursuivre l’expérience ?
Rassure-toi, j’étais persuadé que la Terre courrait à sa perte dans le malheur des guerres, des crimes, de l’injustice ; en fait, grâce à toi, il finira dans le meilleur, le parfait, l’idéal où il s’ennuierait bien vite. »
De sa main droite, Dieu ouvrit un passage vers l’éternité du paradis. Alain pénétra lentement dans le couloir noyé de lumière qui , après son passage, ressemblerait bien vite aux couloirs bondés du métro aux heures de pointe.